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‌Avant les collines il y avait les montagnes...


Sokol, fier guerrier mais aussi bâtisseur aimant travailler le bois, avait pour jumelle une guerrière tout aussi méritante, préférant pour sa part le fastidieux apprentissage des écrits sacrés. Si leurs voies se voulaient différentes, il n’en restait pas moins que leurs cœurs battaient le même tambour. Nés tous deux dans les montagnes d’Argent, avant même l’exil du roi Thorvald IV. Ils grandirent au son des pioches, y voyant là une symphonie propice au plaisir de toute chose, pour briser l’ennui mais aussi pour se rappeler ce que leurs famille leurs avaient inculqué, ils chantaient. Chantaient gaiement, à gorge bien déployé, alors qu’à l’unissons se brisait la roche, se forgeant ainsi des bras gros comme des tronc d’arbres et une joie de vivre fraternel. Leurs chants résonnaient dans les tunnels de la mine, redonnant le sourire aux visages fatigués.

 

Nous sommes le peuple d’argent,

Naesir est notre étendard

Avançons sur l’ennemi d’hier

La victoire viendra tôt ou tard !!!

Hahaha!

Ohéhooooohééééhohéhoééééééé!

 

D’un seul cœur,

Stoïque et fier

Nous vaincrons la peur,

Aux braves coulera la bière!

Hahaha!

Ohéhooooohééééhohéhoééééééé!

 

Tels les ancêtres nés de la pierre

Nos guerriers briseront l’avare

Eagla et Norst seront poussière

Suivons Werden, suivons le phare!

Hahaha!

Ohéhooooohééééhohéhoééééééé!

 

Entendez résonner le cor

C’est l’appel de la guerre

Rendons honneur à nos pères

Qu’ils soient fiers de notre mort !!!

Hahaha!

Ohéhooooohééééhohéhoééééééé!

 

Tous connaissaient la fratrie Naesir, ils buvaient l’hydromel comme s’il s’agissait du lait de leurs mère, tout était une bonne raison de faire la fête. S’ils savaient rester stoïque devant l’adversité, le visage de marbre dur et froid, leurs yeux trahissaient pourtant l’envie insistante de danser autour d’un grand feu. C’est ainsi qu’ils grandirent, l’une érudit et l’autre bâtisseur, puis devinrent longtemps adultes jusqu’à un moment tragique de l’histoire Kotsbar :

 

La trahison du Roi Thorvald IV

 

Draskol était obsédé par l’Urh, le livre sacré contenant les enseignements de Werden rédigé par Urhm. Elle le connaissait par cœur et pourtant, à chaque lecture elle avait l’impression de le redécouvrir, comme si elle n’avait pas assez de sagesse pour comprendre le sens de tous les écrits. Prenant bien soin de tourner les pages, sans jamais atteindre le dernier chapitre de Werden, car elle savait que ce chapitre était un défi du prophète, un défi contre la tentation, que celui-ci détenait une vérité que nul n’était encore prêt à recevoir hormis l’élu. Qu’un grand châtiment attendît celui ou celle qui s’y risquerait. Mais voilà que le roi avait parlé, le roi était devenu fou, il proclamait posséder le manuscrit de son ancêtre, un manuscrit rempli de blasphème qu’il proclamait être la seule vérité de Werden!

 

- Sokol! Mon frère! L’heure est grave, il faut réagir. Le roi est devenu fou, certains disent même qu’il parle de brûler l’Urh pour y placer sa Thorva!

 

- Attention ma sœur, tes paroles sont dangereuses, pèse bien chaque parole que tu prononceras. Ce ne sont que des rumeurs, jamais personne n’osera toucher à l’Urh.

 

- Et pourtant, il faut faire quelque chose, nos frères et nos sœurs se divisent, plusieurs ont l’esprit embrumé par ce roi maudit. J’ai un plan mais tu vas le détester.

 

- Je le déteste déjà mais parle toujours.

 

- Je vais lire le dernier chapitre de Werden, peu m’importe ce qui m’arrivera, peut-être que la vérité qui s’y cache sera suffisante pour ramener tous Werdenites dans le droit chemin et sinon, s’il devait arriver malheur à l’Urh… Quelqu’un doit le retranscrire dans son intégralité!

 

- Je connais ce regard, rien que je ne dirai ne pourra te faire changer d’idée. Je sais que tu es consciente que si ce n’est pas la mort qui t’attend, c’est l’exil des Naesir qui adviendra. Fais ce que tu as à faire, je vais préparer les nôtres…

 

- Je savais que tu comprendrais mon frère.

 

Draskol, investit de sa mission sacré, s’élança vers les sous terrains qu’elle avait parcouru des millions de fois, prête à se sacrifier pour la gloire de Werden, prête à défier l’interdit. Ce serait facile, l’ouvrage n’était pas gardé, le livre en lui-même était si lourd de sens que jamais personne, hormis un fou se croyant au-dessus de Werden lui-même, n’oserait porter atteinte à son existence. C’est avec dévotion qu’elle tourna ces dites pages de ses doigts respectueux jusqu’au chapitre que tout son âme lui interdisait de lire. Déjà aux premiers mots elle sentit son sang commencer à lui démanger, comme si des insectes la piquait de l’intérieur. Elle lisait de plus en plus avidement, ignorant la fièvre qui montait en elle, ses yeux lui brûlaient de plus en plus à mesure qu’elle engloutissait les runes dans sa mémoire, son corps était assailli de vertiges, plusieurs fois elle failli perdre connaissance. Mais elle tint bon, elle tint jusqu’à la dernière rune, celui-ci acheva sa malédiction, Draskol sentit ses yeux se fermer et lorsqu’elle les rouvrit, toute lumière avait disparu, le noir complet. Elle était aveugle et pourtant c’était le moindre de ses soucis, ce qu’elle avait lu dans le dernier chapitre était trop pour elle, elle n’était pas prête, personne n’était prêt à une telle vérité, aussi belle soit-elle! La prêtresse savait alors avoir fauté, comment avait-elle pu croire que la solution se trouvait dans l’interdit suprême? « Je dois retrouver Sokol, je n’arrive plus à réfléchir, je dois retrouver mon frère » Pensa Draskol, alors qu’elle repartit, tâtant les parois des tunnels, vers des chemins qu’elle savait peu ou pas du tout fréquenté. « Sokol sait déjà qu’il se passe quelque chose, notre cœur n’a jamais battu aussi vite, il est certes déjà à ma recherche… » Pour aider son frère, elle sortit un petit pic qu’elle gardait au-cas où elle trouverait une pierre intéressante dans la roche lors de ses excursions et battit les parois au rythme de son cœur.

 

Sokol avait déjà alerté sa famille, ses proches, si certains voyaient d’un mauvais œil l’idée de sa sœur et qu’ils tenaient à rester dans les montagnes d’argent malgré les incertitudes du trône. Ils disaient comprendre la situation et leurs souhaitaient courage. La plupart des membres de la famille Naesir décida de les suivre, malgré leurs nobles positions au sein des Montagnes d’argent, le lien de la famille étant trop solide, il ne pouvait se rompre pour de simples raisons de confort, ainsi plusieurs amis liés par des mariages à la famille, décidèrent de se joindre à leurs périples. Hormis quelques traitres, des fidèles de Thorvald IV qui avaient bien caché leurs jeux, des membres de la famille Naesir qu’on savait avares plus que d’autres certes, jaloux même de leurs prochains. Mais jamais au point de trahir l’un des préceptes fondamentaux de leurs propre sang! Ils voyaient là une occasion de renforcir leurs positions auprès du Roi, quitte à peut-être même découvrir une puissance non négligeable en arrachant les informations de Draskol sans qu’ils aient besoin de se salir les mains. Sokol et ses guerriers étaient hors d’eux-mêmes, leurs visages et leurs voix toujours stoïques mais leurs muscles gonflés à bloc et leurs veines du cou prêtes à exploser laissaient voir leurs colères évidentes. Que ces félons décident de ne pas les suivre c’était à prévoir… Mais qu’ils osent vouloir offrir leurs propres sangs à un roi fou qui se détourne de la voie d’Urhm ??? Des combats éclatèrent au sein même de la famille, Sokol et les siens eurent le dessus mais quelque uns parvinrent à s’échapper. Le temps était compté, ils devaient partir, ils n’auraient pas le temps de savoir ce qu’il adviendrait du trône, pour l’heure la famille devait être mise en sécurité et…

 

- Sokol, qu’as-tu?

 

Le grand Douaris avait un genou à terre, se retenant à peine à l’aide de sa hache de guerre, les forces semblaient l’avoir abandonné alors que son cœur battait à un rythme impossible.

 

- Sokol, tes yeux! Du sang coule de tes yeux!

 

- Pas le temps… ma sœur… il est arrivé quelque chose à ma sœur… nous devons la retrouver puis partir avant que les Paladins du roi ne nous retrouve.

 

Sokol, aidé de ses cousins, se releva, essuya le sang qui brouillait sa vision et demanda à ses cousins de partir sans lui, qu’ils les rejoindraient, d’attendre au pied de la montagne, que s’ils n’arrivaient pas avant le prochain jour ou qu’ils avaient vent de la capture de ceux-ci. De faire leurs choix, qu’il ne leurs en tiendrait pas rigueur. Seule la sécurité de la famille importait.

 

(On accélère le temps : Sokol a retrouvé Draskol, tua quelques thorva en quête de pouvoir et rejoignirent les collines, ils ont retrouvé tout le monde près du lac Kaldora pas loin d’un grand Traë)

 

Draskol demanda à son jumeau de l’aider à monter sur un rocher, elle grimpa difficilement pour se placer aux côtés de celui-ci, sans pour autant perdre sa dignité et déclara :

 

- Famille et amis. Je vous ai mis en danger, je ne m’excuserai pas car ce que j’ai fait, je l’ai faite pour vous, pour mon peuple, pour Werden… Hélas, c’était une erreur, je n’ai pas la sagesse de comprendre, je n’étais pas destiné à tenter d’assimiler les secrets de notre foi. Je dois mourir avec ce savoir qui ne m’appartient pas. Je vais…

 

Draskol suffoqua de surprise, alors que son frère venait de la poignarder dans le poumon droit, de sa dague qu’elle dissimulait à sa ceinture, quelques mécontentements se firent entendre, dû à la stupeur plutôt qu’à la raison, ceux qui s’étaient avancé par réflexe reculèrent aussitôt le regard froid, attendant la suite. Sokol avait visé le cœur, son coup avait-il dévié, du fait qu’il avait frappé de la main gauche, vu que sa main droite retenait déjà sa sœur pour l’empêcher de tomber du rocher? Ou était-ce l’amour du jumeau qui se refusait de mettre fin à sa vie? Fratricide, pire crime qu’il puisse connaître? Draskol, n’a pas tenté de le repousser, elle regardait la dague plantée, toussant du sang bien malgré elle, sa surprise laissa place au calme, elle regarda Sokol et lui fit doucement un signe d’approbation de la tête. Son frère, n’ayant jamais lâché la dague, la serrant si fort que les veines de son bras gonflaient, pris enfin la parole :

 

- Tu en as assez fait, je ne te laisserai pas te sacrifier d’avantage, le Raçan te sera déjà certes refusé, je serai celui qui te donnera la mort, afin de ne pas entacher d’avantage le nom de notre famille, ton âme pourra du moins partir en paix, tous ici vous êtes témoins, si le roi cherche justice, elle aura été rendue de la main de son frère. Ayant commis un fratricide, je ne pourrai revenir dans les Montagnes, nous verrons cela plus tard... Ma sœur, je chanterai ton histoire, tu traverseras les âges et puisses-tu retrouver le chemin vers le Raçan dans la noirceur de l’Éther. J’ai foi en toi, je t’aime.

 

Draskol sourit alors que du sang s’écoulait encore de sa bouche, Sokol sortit la dague provoquant une convulsion non contrôlée et frappa net, précis, en plein centre du cœur de sa jumelle. Il sentit la lame entrer, partageant leur douleur, ils se regardèrent, yeux dans les yeux, si près que Sokol put sentir le dernier souffle de sa sœur sur son visage Stoïque. Puis, après avoir déposé respectueusement le corps près de lui, il parla encore :

 

- Famille et amis, je ne fuirai pas plus loin. C’est ici que je vais m’installer, pour respecter le dernier désir de ma sœur qui était de protéger l’Urh. Vous n’avez commis aucun crime, vous pouvez retourner dans les montagnes et dire ce qui s’est passé. Si en revanche vous désirez continuer de me suivre, alors empoignez vos haches, nous allons devenir Varnois et par ce fait respecter les rites funéraires de ces terres, du moins ce qui est possible de faire, alors que nous n’avons encore rien bâtit. J’irai, avec ce qui reste de notre famille proche, préparer le corps au pied du grand Traë pendant que ceux désirant rester, prépareront un grand bûché aux abords du lac Kaldora, puissent les Alp être attirés par celui-ci et de leurs mythique présences porter chance à Draskol dans son voyage.

 

Personne ne pris même la peine de réfléchir, ils s’exécutèrent, les adultes allèrent bûcher du bois et les enfants ramasser le petit bois par terre. Au bout de quelques heures, un grand bûcher funéraire dominait le lac. 2 lunes plus tard, Sokol déposait la défunte à son sommet. Le frère digne descendit et alluma de sa torche l’huile qui embrasa un grand cercle encerclant le bûcher avant d’aller se placer un peu plus loin. Puis tous, entourèrent le feu qui crépitait tranquillement. Ils empoignèrent leurs bouclier et Sokol commença à frapper le sien de sa hache au rythme de son cœur. Famille et amis firent de même, battant leurs boucliers au rythme de celui du jumeau. Ne détournant jamais le regard du brasier en devenir, le fier Douaris entonna un chant qui lui vint naturellement :

 

Entends le chant de nos cœurs,

Toi, prêtresse et sœur

Draskol, digne fille de Naesir

Tuée, pour notre avenir…

 

(Souffle du vent)

 

Ton nom traversera même la Cyriande

Nous lèverons la corne à ton honneur

Que jusqu’au Raçan ton histoire se répande

Que tous sachent ton combat contre la peur!

 

(Souffle du vent)

 

La dague au cœur,

Toi, prêtresse et sœur

Fratricide par amour

Une légende pour toujours…

 

Sokol se tut, les flammes ayant atteintes la chair de sa frangine, il voulait que tous se souvienne du silence, alors que seuls les boucliers résonnaient et que le bois crépitait. C’est autour de ses cendres qu’ils établirent ce qui fut tout d’abord un campement, puis tranquillement, petit à petit, à force de bâtiments et de constructions, un village. Sur les terres de Varn, dans le Wildegrimm, au sud du lac Kaldora, au pied d’un grand Traë, tout près des Montagnes d’argent pour rester près de l’Urh et veiller en quelque sorte à sa protection si le besoin venait à se faire ressentir. Comme une promesse non faite, non dite… L’ancien brasier devint un rond de feu sacré où les fêtes et cérémonies avaient lieu. Au début on l’appela « le campement de Sokol », puis à la force des choses il devint Skäldhameau (hameau des bardes en vieux langage). Là où les légendes et l’histoire, est chanté à travers les fêtes, pour rendre hommage à leurs légendaires pionniers.